November 19th, 2011

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Эдуард Лимонов (интервью) // «Grazia», N°113, du 4 au 10 novembre 2011


Эдуард Лимонов

LIMONOV. LA STAR DE LA RENTREE LITTERAIRE, C’EST LUI !

Alor que « Limonov », le roman d’Emmanuel Carrère, connaît en France un succès éclatant, que pense le « vrai »  Limonov de cette mise en lumière ? Nous avons rencontré à Moscou l’ex-bad boy, fondateur du parti national-bolchevique, qui s’est détourné de l’écriture pour chercher l’héroïsme dans l’activisme politique.

Comme si les livres ne suffisaient pas, comme si l’action, pour un écrivain, était la garantie d’une honnêteté et d’une hauteur autrement introuvables. Edouard Limonov a voulu devenir un héros dans la vie. Il est surtout devenu celui, ambigu, du remarquable livre d’Emmanuel Carrère,
« Limonov » (P.O.L), qui le montre tour à tour voyou en Ukraine, idole de l’underground soviétique, clochard puis valet de chambre à New York, écrivain rebelle à Paris, soldat proserbe et quasi-criminel durant la guerre des Balkans, et, actuellement, leader d’un parti russe à l’idéologie au mieux confuse. Aujourd’hui, le cheveu rare et blanchi, il réside à Moscou où il fait la guerre à Vladimir Poutine. son visage marqué par l’âge et les épreuves n’a plus grand-chose à voir avec le type branché des années 90, ni même avec le portrait de jeune premier des années 60 qui s’affiche derrière lui. Il vit entre plusieurs appartements sous la surveillance constante des autorités. Faire des photos à l’extérieur est pour cette raison impossible, explique-t-il. Il est fréquemment arrêté. Mais de cette persécution, il tire, croit-il, sa légitimité de «  maître à penser »…

― Vous aves cinquante et un livres, dont certains autobiographiques, et vous qualifiez dans un texte écrit au milieu des années 2000 d’ « auteur culte », de « maître à penser ». Quel effet cela fait-il de vous découvrir personnage du livre d’un autre ?

― Oh, mais j’ai déjà été personnage d’œuvres biographiques ! Pas en France, mais en Ukraine, on a publié un ouvrage intitulé Edouard Limonov dans la collection Génies ukrainiens. Il y a eu un film sur moi, aussi, Russkoïe, titre difficile à traduire parce qu’il désigne une qualité de russe. Et encore, en Angleterre, il existe une biographie à mon sujet. Elle a été publiée dans un cadre universitaire, certes, mais tout de même, elle fait 130 pages. J’ai toujours pensé que je méritais une biographie ou d’être un héros au cinéma. Quant au livre d’Emmanuel Carrère, je lui dirai peut-être un jouur ce que j’en pense ou peut-être pas. En tout cas, il a créé un mythe, c’est très bon pour moi. Normalement, ça se fait après la mort du type. Là, le type est vivant! (Il rit.) C’est une tradition française. Regardez ce que Debray a fait pour Guevara. Sans Debray, Guevara ne serait jamais devenu une figure mondiale. Ou prenez ce que Sartre a fait avec Genet lorsqu’il a écrit son Saint Genet, comédien et martyr. Bon, Genet a cessé d’écrire pendant neuf ans. Moi pas. Je suis d’un autre matériau.

― Carrére fait un parallèle entre Vladimir Poutine et vous. Il souligne les points communs entre vos trajectoires, conclut que vous feriez ce qu’il fait si vous étiez à sa place et que, comme vous n’y êtes pas, il ne vous reste plus qu’à jouer un rôle d’opposant vertueux absurde. Qu’en pensez-vous ?

― Mais ça, c’est facile parce que j’ai moi-même écrit un livre là-dessus, que s’appelle Limonov contre Poutine. Il est inédit en français et j’ai eu des difficultés à le faire publier en russe, j’ai dû payer même l’imprimeur et le typographe. Dedans, effectivement, j’essaie de me comparer à Poutine dans une perspective historique. Parce que nous sommes, lui et moi, d’une même génération, même si je suis un peu plus âgé. Ce qui nous différencie ? Tout d’abord, je suis homme de culture. C’est-à-dire que je ne suis pas né intellectuel, mais à force de travail et de développement, je le suis devenu. Poutine, en revanche, est officier de la police secrète, il vient du KGB. Il était – comment dit-on ? – l’homme presse-papiers, toujours à l’épaule du chef. Il n’a jamais été créateur d’idées. Ce n’est pas Poutine qui a fait Poutine, mais son milieu. Je me suis fait contre les forces du temps et de mon milieu. Moi, je me suis fait moi-même. J’ai eu la force de devenir quelqu’un.

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Эдуард Лимонов (интервью) // "Point.fr", 17 novembre 2011


Эдуард Лимонов

LIMONOV : " JE SOUHAITE À CARRÈRE DE MAL TOURNER"

Écrivain, dissident, poète, clochard, fondateur du Parti national-bolchevique, le héros du livre d'Emmanuel Carrère répond au Point.fr.

Le diable Limonov est de retour. Après le prix Renaudot attribué au livre qu'Emmanuel Carrère lui a consacré (P.O.L.), Edouard Limonov savoure sa revanche. "C'est le privilège de vivre longtemps", glisse le poète délinquant de Kharkov, qui fut aussi dissident branché en URSS, clochard à New York, écrivain sans le sou à Paris, putschiste à Moscou, soldat proserbe en Bosnie, fondateur du rouge-brun Parti national-bolchevique, puis militant démocrate anti-Poutine. Aujourd'hui, c'est l'écrivain Limonov qui revient en grâce. Après Journal d'un raté, Le petit salaud et Autoportrait d'un bandit dans son adolescence sont réédités chez Albin Michel. Sorti de son enfer, l'oubli, le "diable" se confie au Point.

— Un prix Renaudot pour un livre écrit sur vous, cela vous amuse, vous flatte ou vous est indifférent ?

— J'éprouve un plaisir malin à revenir chez les Français comme un héros de mythe, car l'écrivain Limonov a été rejeté par la France intellectuelle.

— Avez-vous lu le livre d'Emmanuel Carrère ?

— J'ai lu le livre de Carrère, mais je tiens à ne pas donner mon opinion. C'est ma position.

— Considérez-vous que votre vie est un roman ?

— J'ai toujours pensé ma vie comme un mythe, comme les aventures d'Ulysse. Un mythe peuplé de monstres et de beautés.

— Comment avez-vous rencontré Emmanuel Carrère ?

— À Paris, en 1981. Il était jeune journaliste, il faisait une émission sur mon livre Le poète russe préfère les grands nègres.

— Que pensez-vous de lui ? Et du milieu littéraire français ?

— Même son idée folle de faire un livre sur ma vie indique qu'il n'est pas un écrivain ordinaire. Il est spécial, un type à part. Après Limonov, il peut "mal tourner"... Je lui souhaite de mal tourner, tous les grands écrivains tournent mal.

— Vous fascinez Emmanuel Carrère, qui, en même temps, est effrayé de s'être pris d'affection pour vous. Cela vous ennuie d'être décrit comme un monstre ?

— Je pense que je suis simplement libre et vivant, tandis que mes accusateurs sont des morts-vivants. L'Europe se ment quand elle se dit qu'elle défend le Bien, la démocratie, les droits des hommes. L'Europe, en fait, tue les pays dissidents, les pays différents, l'homme différent. L'Europe poursuit le Bien avec tous le moyens du Mal. L'Europe est en crise profonde, en crise de conscience. L'Europe est perdue. Moi, je suis l'homme naïf, comme un saint, je ne suis pas un monstre. Je suis honnête. Peut-être qu'être honnête, c'est être un monstre pour les Européens ?

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Эдуард Лимонов (интервью) // "Point.fr", 1 septembre 2011


Эдуард Лимонов

EDOUARD LIMONOV : " JE SUIS HAÏ, MAIS LES GENS ME PRENNENT AU SÉRIEUX. "

Emmanuel Carrère consacre son dernier livre à l'écrivain et opposant russe. Il a reçu Le Point à Moscou.

Arrivé devant l'entrée au sud-ouest de Moscou, il faut l'appeler sur son portable pour qu'il envoie quelqu'un vous chercher. Habillé tout en noir, l'escorteur vous fait monter au 4e étage. La procédure décrite dans le livre d'Emmanuel Carrère n'a changé en rien. Apparaît un homme svelte, barbiche à la mousquetaire, coiffure à la Teddy Boys, et regard perçant de jeune hooligan. L'appartement ascétique sert de siège, de cabinet de travail et d'endroit pour dormir. Aux murs, photos noir et blanc d'Edouard Limonov. L'homme est pressé, car nous sommes à la veille de la manifestation du 31 août. Tous les 31 du mois, Limonov appelle les opposants à manifester pour la liberté des rassemblements, norme violée dans le Moscou de Poutine-Medvedev. Tous les 31 du mois il est arrêté et parfois tabassé par la police. Tous les 31 du mois il recommence. À 68 ans, il n'a pas fini d'étonner et de provoquer.

— Quel a été votre sentiment en découvrant le Limonov d'Emmanuel Carrère ?

— Je ne veux pas me prononcer sur son contenu, car j'aimerais que l'auteur soit libre de ses évaluations.

— Êtes-vous tout de même content qu'on vous consacre un livre ? Une biographie de son vivant, c'est rare...

Un destin comme le mien est intéressant à décrire. Sur le fond de grisaille qui est celui des autres destins de ma génération, j'ai vécu une vie intéressante, et ça continue. Un romancier comme Carrère a dû être attiré par cela. On se connaît à peine. Nous nous sommes croisés deux ou trois fois à Paris. Il a créé son propre Limonov.

— Quelle partie de votre vie aimez-vous le plus ?

— À mon âge, toute ma vie me plaît (rires). Même ce que je vis actuellement, sous un régime désagréable, est plutôt éclatant. Sinon, j'ai appris beaucoup de choses pendant les quatorze années que j'ai passées en France, notamment à structurer ma pensée. J'ai aimé cet esprit rigoureux, cet héritage de cartésianisme. C'est ce qui manque aux Russes. Mais, au bout du compte, je me suis évadé de Paris parce que l'éclat me manquait. En Russie, je suis le numéro un de l'opposition. Je suis haï, on me persécute, mais les gens me prennent au sérieux.

— Vous considérez-vous plus écrivain, poète ou homme politique ?

— Je ne me vois plus comme écrivain, mon dernier roman datant des années 90. Le romancier en moi a cédé la place à des choses plus intéressantes, car le roman est un genre plutôt primitif, juste une étape à traverser. Même chose pour la poésie. La poésie n'est qu'un beuglement, un cri sauvage, rien à voir avec une profession.

— Reste la politique...

— La politique est un art splendide. Pas celle de l'Europe, bien trop correcte, mais la véritable politique qui enflamme les gens et peut se comparer à un bouquet d'arts différents. Un homme politique doit être à la fois historien, orateur, psychologue... Être celui qui génère des idées et les laisse s'emparer des gens. C'est un plaisir sublime. Je suis un des politiciens les plus intéressants en Russie. Avant moi, il n'y avait que Vladimir Jirinovski [leader excentrique de l'extrême droite, NDLR] qui parlait une langue humaine parmi ces gens en costume gris. Les idées extravagantes et extrémistes du Parti national-bolchevique, que j'ai créé en 1992, continuent d'attirer les gens, bien que notre mouvement soit interdit, qu'on ait eu dix morts sous le régime de Poutine et plus de deux cents personnes en prison.

— Que feriez-vous si vous accédiez au pouvoir ?

— Ah ! Ce serait très gai. Je proposerais de faire construire une autre capitale, en Sibérie par exemple. Aujourd'hui, plus de la moitié du pays est quasiment abandonnée à son sort à cause de la concentration des biens autour de Moscou. Je limogerais les juges de la Cour suprême et je les remplacerais par des avocats honnêtes et des militants des droits de l'homme. J'éditerais ensuite un oukase pour transformer le Kremlin en musée. Je suis un populiste, dans le meilleur sens de ce mot. J'aurais aimé distribuer des manteaux en hiver, à la façon d'une Evita Peron. Plus sérieusement, notre programme est avant tout de rétablir les libertés premières. Notre tâche numéro un : obtenir des élections libres.

par Katia Swarovskaya
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Serge Truffaut // "Le Devoir.com", 19 novembre 2011


Emmanuel Carrère

LIMONOV PEINT PAR CARRÈRE

Sur la couverture du dernier livre écrit par Emmanuel Carrère, un nom propre a été imprimé: Limonov. Celui-ci est un être de chair et de sang et non une invention, une fiction, ayant Edouard pour prénom. Le 22 février prochain, il fêtera ses 69 ans. Autrement dit, il a entamé son adolescence alors que Nikita Khrouchtchev déclinait les crimes de Staline. Il a atteint l'âge dit adulte alors que les tanks soviétiques écrasaient le Printemps de Prague. Quant au naufrage de sa vieillesse, il s'est signalé alors que Poutine était aux commandes.

Sous le glacis du centralisme démocratique cher aux communistes comme sous les faux-semblants démocratiques confectionnés par Eltsine et ses successeurs, Edouard Limonov a toujours été un dissident. On insiste: il était un «déviant» sous Brejnev, il le demeure sous Medvedev. Pas un dissident austère en religion comme Soljenitsyne ou à la profonde intelligence comme Sakharov, mais bien un dissident «genre», comme disent les va-nu-pieds des idées, du sexe, des armes et du rock and roll tendance The Sex Pistols ou Clash, et non Pink Floyd. En clair, un dissident amant du «Pas de quartier!».

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