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Edward Limonov // «L’Idiot International», N°36, 7 Février 1990


Edward Limionov L'IDIOT INTERNATIONAL

INDIANA JONES AU PAYS DES SOVIETS, tome 3

Seize ans après Edward Limonov est retourné en URSS. Perestroïka ou pas, l'homo soviéticus reste aussi hostile que son environnement.

La criminalité

A l'hôtel "Ukraina" j'ai été immédiatement prévenu d'être prudent en choisissant mon taxi. Chaque mardi, un représentant du ministère de l'intérieur résume devant la télécaméra les crimes commis dans le pays entier pendant la semaine écoulés. Pour la semaine de 12-19 décembre : 125 crimes graves. Parmi eux : 31 cas d'homicide et 94 cas de banditisme. Les armes étaient utilisées 22 fois. Moi, Indiana je dois constater que pour le pays de presque 300 millions d'habitants les chiffres sont très très modestes. (Par comparaison à New York City en 1987 la taux d'homicide était de 26 par semaine et la population de New York compte entre 11 et 12 millions…). La peur de la criminalité chez les soviétiques est disproportionnellement gonflé, par la "glasnost", sans doute, par justement les émissions sur la criminalité. (Le climat de bouleversement social était toujours favorable à toutes sortes de peurs. Par exemple la grande peur de l'été 1789.) Les rues de Moscou et de Kharkov sont désertes après 21 heures. Il faut ajouter que la criminalité augmente d'un pas inquiétant. Selon le ministère de l'intérieur, plusieurs mafias s'organisent et s'arment. (La plus redoutable parmi les mafias moscovites — les tchétchènes, tribu féroce du Caucase, persécutée sous Staline pour collaboration avec les Allemands.) Début décembre dans la ville-satellite de Moscou, — Zviozdni 660 pistolets Tokarev et 5.000 balles sont volés. Le 17 décembre, le ministère de l'Intérieur montre aux téléspectateurs l'armement saisi par la police : des pistolets, des mitraillettes et même une mitrailleuse Dakhtiariev en parfait état. Il faut croire que les mafias soviétiques vivent aujourd'hui une époque pré-Al-Caponienne. Mais la police se développe aussi. Le téléspectateur soviétique est nourri fréquemment de documentaires admiratifs sur le travail de la police américaine.


L’âge du psychothérapie et des gourous

La télévision est sans doute un véritable leader du peuple soviétique. Au moins deux émissions psychothérapiques existantes, celles de M. Tchoumak et de M. Kashpirovski. J'ai vu celle de Kashpirovski. M. Gourou a 35-40 ans, sportif, habillé d'un veston bleu foncé avec col Mao. Coiffé comme Serge Lama pendant sa période napoléonienne, Kashpirovski est assis en avant scène à une table couverte de télégrammes et de lettres. La salle est pleine comme pour Le Grand Echiquier de Jacques Chancel. Les dames d'une certain âge prédominent. M. Gourou parle une langue de bois, semblable à celle de Gorbatchev, qu'il mélange aux vers de Pouchkine et de Tutchev. Durant les premières 50 minutes de son émission, Gourou lit les télégrammes de gratitude de ses télémalades. Exemples : "Ma mère a 90 ans. Elle était chauve depuis dix ans. Après deux séances de votre téléthérapie les cheveux apparaissaient sur sa tête". Un malade opéré de cancer réussit à grossir de six kilo, grâce au téléshow de Kashpirovski. Gourou élimine les cheveux gris. Il fait disparaître les cicatrices (Les dames dans la salle témoignent, les cheveux noirs), il est aussi efficace que la Vierge de Lourdes, et pas moins populaire. Il reçoit 250.000 lettres par mois. Son émission guérit les malades des pays de l'Est aussi efficacement. Techeq saisi le micro pour apporter son témoignage. Uniquement dix minutes de santé-mission sont sacrifiées au business de la thérapie. En décident de rendre noir mes cheveux gris, je pris position devant ma télé. Kashpirovski me parle en me fixant de ses yeux gris clair : "Si le mystère est trop visible, néanmoins, il est bien caché…" Gourou fait une pause et commence de compter : "Un… deux… trois… Tout va bien… Vingt-six. Notre séance s'écoule formidablement… Vingt-sept". Mes cheveux gris ne sont pas moins gris. Je n'est pas vu l'émission de M. Tchoumak, mais dans la cuisine de mes parents, j'ai trouvé un grand pot de verre rempli d'eau, bénit par téléTchoumak. Mes parents en boivent, sans résultat apparent. La société en état de désintégration cherche ses nouvelles valeurs dans les pratiques hypnotiques du gourou-thérapeute, voire charlatan? Le soir du 19 décembre, la télé soviétique a consacré une émission de deux heures d'hommage à un certain "maître" Ivanov, décédé depuis déjà quelques années près de Rostov-sur-Done. Les vidéos faites et conservées par les élèves du maître montrent au téléspectateur une sorte de Raspoutine naturiste, longs cheveux blancs, nageant dans une rivière gelée, mangeant cru, etc. « Maître » Ivanov a de nombreux adeptes. Après Lénine, maître Ivanov? Maître Kashpirovski? A la place du portrait de Staline, un pot de verre rempli d'eau bénit par téléTchoumak? Quelle misère!

Edward Limonov

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