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Эдуард Лимонов (интервью) // «Grazia», N°113, du 4 au 10 novembre 2011


Эдуард Лимонов

LIMONOV. LA STAR DE LA RENTREE LITTERAIRE, C’EST LUI !

Alor que « Limonov », le roman d’Emmanuel Carrère, connaît en France un succès éclatant, que pense le « vrai »  Limonov de cette mise en lumière ? Nous avons rencontré à Moscou l’ex-bad boy, fondateur du parti national-bolchevique, qui s’est détourné de l’écriture pour chercher l’héroïsme dans l’activisme politique.

Comme si les livres ne suffisaient pas, comme si l’action, pour un écrivain, était la garantie d’une honnêteté et d’une hauteur autrement introuvables. Edouard Limonov a voulu devenir un héros dans la vie. Il est surtout devenu celui, ambigu, du remarquable livre d’Emmanuel Carrère,
« Limonov » (P.O.L), qui le montre tour à tour voyou en Ukraine, idole de l’underground soviétique, clochard puis valet de chambre à New York, écrivain rebelle à Paris, soldat proserbe et quasi-criminel durant la guerre des Balkans, et, actuellement, leader d’un parti russe à l’idéologie au mieux confuse. Aujourd’hui, le cheveu rare et blanchi, il réside à Moscou où il fait la guerre à Vladimir Poutine. son visage marqué par l’âge et les épreuves n’a plus grand-chose à voir avec le type branché des années 90, ni même avec le portrait de jeune premier des années 60 qui s’affiche derrière lui. Il vit entre plusieurs appartements sous la surveillance constante des autorités. Faire des photos à l’extérieur est pour cette raison impossible, explique-t-il. Il est fréquemment arrêté. Mais de cette persécution, il tire, croit-il, sa légitimité de «  maître à penser »…

― Vous aves cinquante et un livres, dont certains autobiographiques, et vous qualifiez dans un texte écrit au milieu des années 2000 d’ « auteur culte », de « maître à penser ». Quel effet cela fait-il de vous découvrir personnage du livre d’un autre ?

― Oh, mais j’ai déjà été personnage d’œuvres biographiques ! Pas en France, mais en Ukraine, on a publié un ouvrage intitulé Edouard Limonov dans la collection Génies ukrainiens. Il y a eu un film sur moi, aussi, Russkoïe, titre difficile à traduire parce qu’il désigne une qualité de russe. Et encore, en Angleterre, il existe une biographie à mon sujet. Elle a été publiée dans un cadre universitaire, certes, mais tout de même, elle fait 130 pages. J’ai toujours pensé que je méritais une biographie ou d’être un héros au cinéma. Quant au livre d’Emmanuel Carrère, je lui dirai peut-être un jouur ce que j’en pense ou peut-être pas. En tout cas, il a créé un mythe, c’est très bon pour moi. Normalement, ça se fait après la mort du type. Là, le type est vivant! (Il rit.) C’est une tradition française. Regardez ce que Debray a fait pour Guevara. Sans Debray, Guevara ne serait jamais devenu une figure mondiale. Ou prenez ce que Sartre a fait avec Genet lorsqu’il a écrit son Saint Genet, comédien et martyr. Bon, Genet a cessé d’écrire pendant neuf ans. Moi pas. Je suis d’un autre matériau.

― Carrére fait un parallèle entre Vladimir Poutine et vous. Il souligne les points communs entre vos trajectoires, conclut que vous feriez ce qu’il fait si vous étiez à sa place et que, comme vous n’y êtes pas, il ne vous reste plus qu’à jouer un rôle d’opposant vertueux absurde. Qu’en pensez-vous ?

― Mais ça, c’est facile parce que j’ai moi-même écrit un livre là-dessus, que s’appelle Limonov contre Poutine. Il est inédit en français et j’ai eu des difficultés à le faire publier en russe, j’ai dû payer même l’imprimeur et le typographe. Dedans, effectivement, j’essaie de me comparer à Poutine dans une perspective historique. Parce que nous sommes, lui et moi, d’une même génération, même si je suis un peu plus âgé. Ce qui nous différencie ? Tout d’abord, je suis homme de culture. C’est-à-dire que je ne suis pas né intellectuel, mais à force de travail et de développement, je le suis devenu. Poutine, en revanche, est officier de la police secrète, il vient du KGB. Il était – comment dit-on ? – l’homme presse-papiers, toujours à l’épaule du chef. Il n’a jamais été créateur d’idées. Ce n’est pas Poutine qui a fait Poutine, mais son milieu. Je me suis fait contre les forces du temps et de mon milieu. Moi, je me suis fait moi-même. J’ai eu la force de devenir quelqu’un.

― Vraiment ? Qu’est-ce qui fait votre destin ? Quels ont été vos plus grands accomplissements ? Votre œuvre d’écrivain ou votre activisme politique?

― J’ai déjà prouvé mon talent littéraire. On ne me range pas seulement parmi les meilleurs, mais bien comme le seul écrivain russe digne de ce nom chez les contemporains ! Mon talent politique, en revanche, n’est pas encore tout à fait reconnu. C’est mon point faible. je veux prouver que j’ai un talent politique énorme. J’ai déjà peut-être convaincu les trois quarts de la population de mon pays, mais pas encore toute.

― Quelle serait la preuve de votre talent politique ?

― Eh bien, la victoire des forces du bien dur les forces du mal ! (Il rit.) Il faut prendre le pouvoir. Il ne faut pas penser dans les termes du XIXe ni même du XXe siècle. Il faut forcer ce régime à sortir et faire une élection parlementaire. Je serais très content si des élections libres se produisaient dans un pays comme la Russie.

― C’est étrange de vous entendre dire ça, vous qui vous êtes toujours déclaré contre la démocratie.

― Non, j’ai dit une seule fois quelque part que… J’ai dit beaucoup de choses. Il ne faut pas prendre toutes les choses… Il faut les prendre au sérieux mais pas hors contexte. J’ai dit que je n’étais pas démocrate au début des années 90, au moment des grandes batailles entre communistes et démocrates. C’était après l’ère soviétique, dans un moment de grande apathie, de grand bouleversement du monde russe. Mais, en Russie, cette bataille s’est achevée par une troisième force que est celle des tchékistes et des oligarques aujourd’hui au pouvoir. Dans ce contexte, la haine de la démocratie est ridicule et ne mène à rien. Bon, je n’aime pas ce mot, démocratie. Mais je suis pour toutes les valeurs de la démocratie. Parce que nous, ici, nous luttons pour des choses plutôt banales comme les élections libres.

― Dans le texte auquel je faisais référence sur les maîtres à penser, vous écrivez qu’aucun des écrivains français que vous avez côtoyés durant votre période parisienne n’est devenu « grand ». Vous concluez : « La démocratie ne permet pas l’émergence de grandes figures intellectuelle ».

― Je n’ai pas changé d’avis. La démocratie ne génère ni la culture, ni le génie. C’est l’une des choses qui explique le succès du livre d’Emmanuel Carrère, d’ailleurs. En France, on ne vous élimine pas physiquement, mais on s’échine à ne pas créer les conditions qui permettraient l’émergence d’un nouveau Céline ou d’un nouveau Genet. On produit un Marc-Edouard Nabe, qui est quand même un peu une caricature. Alors, du coup, on regarde Limonov comme un fruit exotique : c’est un salaud, Limonov, mais c’est une figure qui manque.

― Vous écrivez « la prison est la preuve de ma gravité ». Vous pensez que la prison a fait de vous un plus grand écrivain que Patrick Besson ou Jean-Edern Hallier, pour citer deux écrivains que vous mentionnez ?

― La prison, c’est le signe que je n’ai pas peur de transgresser certaines choses, plus sérieuses. Eux sont timides. Besson, je l’aime bien, c’est un camarade. Mais je le regarde froidement dans cet essai, pour répondre à ma propre question : pourquoi n’y a-t-il pas de grands écrivains aujourd’hui du calibre de Genet ou Céline ? Et ce n’est pas propre à la France, c’est brai en Russie et en Amérique. C’est un phénomène contemporain.

― L’absence de démocratie n’a pas donné grand-chose non plus, si on va par là, non ? Si vous êtes le plus grand écrivain russe actuel, comme vous l’affirmez, ça a peut-être à voir avec le fait que vous ayez vécu en France ou aux Etats-Unis…

― Je n’essaie pas d’avoir une pensée calculée, c’est juste une réflexion.

― Pour quelle période de votre vie avez-vous le plus de nostalgie ?

― En général, je n’ai pas de nostalgie. Je me souviens de certaines périodes. Sans doute en France, c’était plus tranquille, une période moins anxieuse. Je me souviens avec plaisir de nos déjeuners à L’Idiot international avec Jean-Edern Hallier. C’était une aventure très intéressante. Jean-Edern lui-même était exceptionnel.

― Hallier a plusieurs fois tenté d’organiser des déjeuners avec Jean-Marie Le Pen à cette époque. L’avez-vous rencontré ?

― Pas à cette période, mais plus tard, et pas non plus par l’intermédiaire de Jean-Edern. C’état déjà lié aux affaires russes, pour lui présenter Jirinovski. Moi, je suis écrivain, je regarde le monde avec les yeux d’un enfant. Et c’était un événement de voir cet « horrible » Jean-Marie tout à fait bon bourgeois, tout à fait aimable. Je connais tous les bad boys de l’Europe, vous savez ! Karadžic, Zladic et les autres (1).

― Emmanuel Carrère revient sans trancher, mais de façon détaillée, sur les rumeurs circulant sur vous à l’époque selon lesquelles vous étiez allé jusqu’à faire le coup de feu aux côtés des Serbes. Qu’en est-il ?

― C’est une… c’est un sujet peut-être très délicat pour les Français. Je préfère ne pas répondre pour ne pas me causer de problèmes. Les guerres ethniques, ce n’est jamais tout à fait juste. C’est sale, la guerre civile. J’étais dans le camp serbe parce que huit de mes livres avaient été publiés en Serbie en 1991. J’avais plusieurs fois visité ce pays. Une autre raison, c’est que ça m’indignait que toute l’Europe soit contre eux. Je les voyais, et je les vois toujours, comme des victimes. Même Carrère dit dans son livre que Limonov est toujours du côté des faibles. Je me donne le plaisir d’être un homme libre même si j’ai tout le monde contre moi. Je m’en fiche. Je crois en ma moralité absolue.

― Etes-vous croyant ?

― (Il hésite.) Je suis hérétique. Je crois en un Créateur, effectivement. Mais je crois qu’il nous a créés comme une nourriture. Il déteste notre chair et il mange nos âmes.

(1) Jirinovski est un leader nationaliste, sorte de Le Pen russe. Karadžic et Zladic sont tous deux inculpés de crimes de guerre par le Tribunal pénal international de La Haye.

par Marc Weltzmann
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Tags: интервью
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